Vendredi 31 juillet

Aujourd’hui, courir au réapprovisionnement à la superette située à l’autre extrémité du village. Habituellement, nous passons deux fois par jour pour recharger l’emplacement qui nous est réservé dans une armoire frigorifique, où nous présentons une gamme restreinte : faisselle demi-écrémé, yaourts et fromages aromatisés.

Nous touchons une clientèle locale qui ne se déplace pas à la ferme, les horaires d’ouverture au public étant plus étendus que chez nous.

Nous assurons la mise en rayon, les commerçants assument les dégradations. Ils assurent les livraisons chez les particuliers et chez les professionnels.

Justement, en fin de matinée, une grosse commande à livrer chez un restaurateur renommé, il faut faire un réapprovisionnement d‘urgence, je suis disponible et çà vaut la peine.

Cette superette est la version moderne de l’épicerie d’antan, elle travaille avec des producteurs locaux et soigne ainsi son image de marque en participant aux évènements et associations.

Ainsi, nous élargissons notre clientèle, les commerçants soignent leur image de marque, c’est un partenariat gagnant/gagnant (tiens, il y a longtemps que je n’ai pas entendu cette expression !).

D’autant que la marge que nous laissons dans cet accord est très raisonnable, pour l’instant…

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Jeudi 30 juillet

Le SAS

L’entrée dans la fromagerie s’effectue par le SAS, petite pièce de 5 m2 environ utilisée également comme local technique (eau, chauffage, électricité). Nous y avons construit un petit vestiaire qui doit contenir le blanc et le bleu séparément, puisque les deux tenues ne doivent pas entrer en contact. Le microbisme de l’extérieur ne doit pas pénétrer à l’intérieur de la salle de fabrication.

Ainsi, habillage, déshabillage accompagnent toute entrée ou sortie de la fromagerie. Nous évitons donc de multiplier les déplacements inutiles.

Le local ainsi conçu isole à un point tel que le fromager(e) se trouve lui-même vivre à l’écart de ce qui se passe dans la ferme, à l’exception du contact avec les clients qui pénètrent dans la salle de vente.

Les collègues associés, en bleu, vivent au rythme de l’élevage où les horaires ne sont pas compatibles avec ceux de l’élaboration fromagère et il est rare que les trois associés partagent la pause café.

Le SAS et la nécessité de s’y changer pour entrer ou pour sortir, ne facilitent pas les relations entre nous.

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Mercredi 29 juillet

Chronique d’une crise attendue

Depuis plusieurs semaines, l’actualité met en avant la difficulté qu’ont les éleveurs à subir la baisse du prix de vente du lait pour les éleveurs laitiers, de la viande pour les éleveurs “allaitants” et porcins.

Sous la pression des manifestations revendicatives, des aides sont prévues pour les éleveurs spécialisés les plus endettés et les jeunes . C’est bien.

Et pourtant, à chaque fois qu’il y a une crise : lait, viande bovine ou porcine, poulet, œufs, fruits, légumes, céréales (un peu moins souvent), ou autre...je m’aperçois que ce sont toujours les exploitations spécialisées dans une production particulière qui sont les premières affectées, dès qu’un marché se dégrade (baisse des prix). Celles- là même qui sont pourtant sensées être plus performantes techniquement et donc plus compétitives, sont toujours plus fragiles lorsqu’il y a un « retournement de marché », et doivent être soutenues par solidarité nationale.

Une exploitation comme la nôtre qui n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier traverse plus facilement les crises et peut toujours se rattraper sur une production complémentaire. Pour nous cette année ce sera la production céréalière.

Nous misons également sur le développement de la vente directe des produits laitiers : avoir un prix stable et rémunérateur, nous affranchir ainsi de la fluctuation du prix du lait imposée par les transformateurs - qu’ils subissent eux-mêmes des distributeurs.

Nous n’aurons pas attendu bien longtemps après la suppression des quotas laitiers voulus par la PAC, le 1er avril, pour voir :

-Les producteurs produire plus de lait

-Les acheteurs faire jouer la concurrence à la baisse

-Les prix de vente baisser pour les éleveurs laitiers

Une crise prévisible !

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Lundi 27 juillet

Matinée en laiterie

Ce matin nous gardons toute la traite.

-écrémage 40 l de lait chaud

-mis au pasteurisateur, 15 l de lait écrémé, 15 l de lait entier, enclenché « P 1 »(le programme adapté à l’élaboration des yaourts), ajouté 21 kg de sucre de canne bio et 15 gousses de vanille Bourbon fendues dans le sens de la longueur.

-mis en caillage les 25 autres litres de lait écrémé ajouté de 25 l de lait entier et 625 ml de petit lait – 6.25 ml de présure sont ajoutés à midi – le PH dose 6.6, la température est 22 °C.

-empoté la crème fraiche dans 2 pots de 500 ml et 7 pots de 250 ml, soit 2,75 l – mis en chambre froide en fin d’après-midi.

- dans le pasteurisateur en malaxage, après être monté à 90.5 °C, le lait est redescendu à 44 °C- introduction de 1.5 l de yaourt. L’instant de préparer pots, opercules, caisses et conditionneuse, il est temps maintenant de la mise en pots du lait vanillé passé au chinois. Les 6 caisses de yaourts sont mises à l’étuve pour 2 h 15. Le refroidissement se fera finalement après 2 H 05 suite au contrôle du PH qui dose déjà 6,1.

Pendant cette matinée, 6 ou 7 lavages auront été effectués dans le lave-batterie. Les cycles de lavages sont rapides, ils s’étalent de deux à huit minutes selon besoin et surtout nous collons au plus près à l’obsession hygiéniste de la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations)

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Samedi 25 juillet

Un échantillon représentatif !

Notre exploitation est située en zone vulnérable établie par la préfecture et donc soumise à des contrôles fréquents sur les dates, les doses fractionnées et totales des apports d’engrais, ainsi que sur le respect des distances minimales par rapport au point d’eau (puits, sources, rivières…) et des habitations.

Nous retenons essentiellement les trois éléments majeurs que sont : la potasse, le phosphore et surtout l’azote, très surveillé par les autorités (ne pas dépasser la dose de 170 U/ha/an).

Un épandage de fumier, au même titre que les engrais minéraux est enregistré sur des documents obligatoires que sont les plans prévisionnels d’épandages(PPF) et le cahier d’épandage.

Dans cette perspective, un échantillon de fumier a été prélevé dans le tas de compost, mis au congélateur en attente de l’envoi à un laboratoire d’analyse pour déterminer la valeur agronomique de cet engrais de ferme. Il sera pris en compte pour la récolte prochaine (2016). Ici le fumier a été épandu à raison de 20 t/ha sur quinze hectares environ.

Il y a quelques années, nous prenions en compte des valeurs moyennes pour les fumiers par catégorie d’animaux- dans notre cas les bovins laitiers- et je pense que c’était aussi précis que le résultat que je vais obtenir avec un échantillon que j’ai prélevé qui n’est pas vraiment représentatif de la cinquantaine de remorques concernées. Il faut être conscient de la difficulté de prélever un échantillon représentatif.

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Vendredi 24 juillet

l'éleveur en peine

Aujourd’hui, les laitières sont au sec, foin à dominante légumineuses sur la table d’alimentation et foin de graminées au râtelier en libre service. Cette alimentation hivernale qui commence au 24 juillet, il nous faut bien envisager qu’elle puisse perdurer jusqu’au printemps 2016 - 270 jours avec 415 balles de foin.

Pour son dernier jour de travail d’été Robin relève le challenge de terminer l’épandage du compost, monté à 6 h 30 sur le tracteur, il en descend à 20 h 00 (avec une pause repas) : fort !

Mauvaise nouvelle du côté de l’élevage, notre collègue retrouve IDEALE, notre poulinière Auxoise, morte au milieu du pré. Incompréhension, cette bête de 20 ans ne montrait pas de signe de maladie, mangeait ses granulés de complément pour chevaux âgés, alors la seule explication que nous avançons est la difficulté à se remettre de la période de canicule que nous venons de subir (arrêt cardiaque).

Coup dur pour notre collègue qui la visite et lui parle quotidiennement.

Après BLONDE qu’il a fallu euthanasier en février, elle avait 26 ans, un mâle reste seul au pré : SCIPION. Ces chevaux, chez nous, n’ont d’autre utilité que de combler le plaisir de l’éleveur : un luxe ! 

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Jeudi 23 juillet

Dernier jour de récolte d’herbe pour l’affouragement des laitières, les champs sont vides. Il faut maintenant attendre une pluviométrie suffisante pour faire pousser de l’herbe.

La Taarup (ensileuse) reste en bout de champ, il faut remiser la remorque vers le hangar. Pas complètement réveillé ce matin, Robin accroche le pilier du portail qu’il faut remettre en état pour permettre la fermeture des portes. La remorque sera regardée plus tard en espérant que seul le capot de carénage soit touché…

Aujourd’hui, c’est l’épandage de fumier mis en tas en bout de champ depuis huit mois. Ce compost se charge et s’épand facilement (sans mettre à mal le matériel) sur les chaumes, il sera enfoui au déchaumage. Une personne seule effectue le travail, il monte à tour de rôle sur le tracteur fourche pour charger et sur le tracteur avec épandeur pour l’écarter au champ.

Mercredi 22 juillet

Aujourd’hui, pose de la clôture électrique pour permettre aux vaches de brouter une parcelle contigüe des pâtures.

Répartir les piquets tous les dix pas, enfoncer à la massette dans un sol dur, dérouler le fil, installer le poste électrique alimenté par une batterie. Un kilomètre de clôture fait environ quatre kilomètres pour l’installateur. Le « jus » passe avant midi, le dressage peut commencer, l’intensité réglée au maximum font l’apprentissage du courant électrique. Après quelques « châtaignes » les génisses sauront éviter de s’approcher trop près du fil bleu.

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Mardi 21 juillet

BIS REPETITA

Pour finaliser le semis des CIPAN, aujourd’hui, c’est les pois. Semés à la dose d’environ 40 kg/ha, nous passons au trieur et remplissons un semoir que Robin épand dans la matinée. Les graines plus lourdes que celles de l’avoine sont projetées sur une largeur de 24 m. Le travail s’effectue plus rapidement qu’hier.

Cet après-midi, nous montons au grenier le reste de semence qui sera, au printemps, semé en culture principale.

Lundi 20 juillet

CIPAN

Aujourd’hui, nous semons l’avoine de printemps à la volée sur les chaumes ; recouverte légèrement de terre par un passage de cover-crop (déchaumage), cette graine associée à du pois protéagineux est un engrais vert pour une culture principale de printemps. L’intérêt de cette culture est de capter les éléments nutritifs du sol et principalement l’azote libéré par la minéralisation qui reprend naturellement avec les pluies d’été (végétaux+eau+chaleur=production d’azote).

Ce n’est pas un travail qui nécessite une grande précision, une cinquantaine de kilos par hectare, il est néanmoins obligatoire de passer au tarare pour séparer les menues pailles qui pourraient obstruer l’écoulement des graines dans le semoir (épandeur centrifuge). Travail où je suis content de ne pas être seul lorsqu’il s’agit de mettre l’installation en place.

Dans notre jargon cette culture s’appelle : Culture Intermédiaire Piège A Nitrate (CIPAN)

installation complexe                                                       fin de moisson au silo

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Vendredi 17 juillet

Comme tous les vendredis, élaboration de la tomme qui sera mise en vente le 28 août.

Rentrer la paille et donc charger puis décharger les balles de paille toute la journée (voir la vidéo).

Pulvérisation quotidienne du troupeau en lactation avec plus ou moins de plaisir selon les vaches, certaines prennent leur distance quand d’autres ne quittent pas le pulvérisateur.

Au pré, le troupeau se satisfait pour l’instant de maigres repousses et les deux vaches à terme début août se sont « refaites » (reprise de poids). Nous les rentrons à la ferme en début de semaine prochaine.

Jeudi 16 juillet

Aujourd’hui, presser quatre balles de regain de luzerne, ne pas laisser d’herbe se perdre, celles-ci seront précieuses cet hiver.

Nettoyage de la presse à l’air comprimé et graissage complet, elle est préparée pour une prochaine « course », utilisation d’une journée ou demi-journée.

Je la décroche sous le hangar, combien de temps restera-t-elle ainsi ? Nous en resservirons-nous à l’automne ? La réponse dépend de la météo , selon la quantité d’eau qu’elle apportera ; les pluies permettront les repousses d’herbe à récolter si besoin.

De toute façon même pour l’hivernage le matériel doit être débarrassé de toute paille, foin et poussière qui pourraient constituer un abri pour les rongeurs qui cherchent refuge à l’approche des frimas.

Robin poursuit les travaux d’engrangement de paille et les travaux de déchaumage débutent, toutes les parcelles y sont soumises. Nous restons traditionnels dans le travail du sol, mais ce sujet sera l’objet d’une prochaine chronique, notamment sur l’érosion du sol avec la poussière qui résulte de nos passages dans les champs en ce moment.

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Mercredi 15 juillet 

maîtriser son image ?

Sortir deux vaches taries, nettoyer le grenier pour stocker de la semence de pois qui attend dans une remorque et conduire le petit LB, tracteur qui tourne quotidiennement depuis 23 ans, à la concession pour commander une pièce défaillante.

Didier, le spécialiste tracteur chez MCA désosse le carénage à l’intérieur de la cabine, essaye de suivre la tringlerie du mécanisme jusqu’à la boite de vitesse sans apercevoir une pièce qui ressemble à un contacteur (la défaillance suspectée).

Aidé d’un collègue qui procède de la même manière, ils se retrouvent tous les deux devant l’ordinateur, mais sans trouver la solution sur ce modèle ancien qui a été très peu diffusé dans notre région.

La solution viendra du collègue non spécialiste qui fera une similitude avec un  tracteur d’une autre marque de par sa ressemblance avec notre LB et localisera ainsi la pièce à changer, à la sortie de la boite de vitesse.

Prendre du champ, du recul, permet souvent de trouver la solution à bon nombre de situations.

Puisque le plateau fourrager n’est pas libre aujourd’hui, nous prenons enfin le temps de nettoyer la salle de traite.

Le travail terminé, je suis satisfait et je me fais la réflexion qu’avec toutes les visites que nous avons eues à la ferme hier, notre vieille installation aurait présenté, dans cet état, une bien plus belle vitrine à la qualité et à l’hygiène de nos produits laitiers.

En effet beaucoup de monde a passé le seuil de la ferme, lors du vide-grenier du 14 juillet. C’est une belle journée pour notre laitière qui n’a jamais réalisé un tel chiffre d’affaire.

Nous tâcherons d’être mieux préparés l’année prochaine, tant pour la vente que pour l’aspect extérieur de notre salle de traite.

Nous sommes des producteurs qui prenons doucement conscience de l’image que nous donnons aux acheteurs directs à la ferme.

Devrons-nous « maitriser » notre image ?

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Mardi 14 juillet

Savoir s’imposer

Jour férié ou pas, il y a longtemps que nous avons signé, pour le travail ces jours là.

La particularité aujourd’hui, c’est que le vide-grenier annuel « occupe » la rue principale du village.

En prévision de cet envahissement, nous avons demandé au ramasseur laitier de reporter d’une journée son passage, la capacité de stockage du tank à lait étant largement suffisante pour contenir deux traites supplémentaires.

En revanche, il me faut sortir le tracteur pour aller chercher la ration quotidienne de luzerne. Ce matin, je commence de bonne heure mais à 7 h 15, un camelot est déjà installé devant la seule rue qui me permet d’accéder au champ.

Une explication préalable ne semble pas convaincre le vendeur de paniers en osier, je dois me montrer plus démonstratif, je sors le tracteur au maximum qu’il est possible et je laisse le moteur de l’engin tourner au milieu de la rue, histoire d’illustrer mes explications.

Finalement quelques minutes de moteur seront plus efficaces qu’un long discours, les paniers sont vite remballés, l’accès dégagé et mes vaches seront nourries à l’heure.

Il faut quelquefois savoir s’imposer

Il n’y a pas que des désagréments, puisque nous profitons de l’attractivité de ce vide-grenier pour ouvrir la fromagerie toute la journée.

Quelle meilleure publicité que de permettre à des passants de découvrir notre élevage et notre production de produits laitiers à la ferme...

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lundi 13 juillet

Au matin, nourrir les vaches

Dimanche 12 juillet

Jouer au tiercé ?

Jour de repos pour les moissonneurs.

Après le bilan du foin et de la paille, je fais le bilan de la moisson, car je dois être capable de répondre aux collègues que je rencontre, de leur donner les chiffres exacts , ne pas me contenter d’un « c’est bon » .

« Alors chez nous, çà fait : »

Orge : 64

Colza : 20

Pois : 37

Avoine : 45

Blé : 69

Ces chiffres sont nos rendements exprimés en quintaux/hectare pour chacune des cultures.

Pour le colza c’est plutôt faible : 25 % inférieur à la moyenne, les pois sont dans la moyenne et pour le reste, c’est une très bonne année pour nous, d’autant que la qualité accompagne le volume.

Bons blés, bons pains

Bonnes orges, bonnes bières

Belles avoines, belles performances des chevaux !

Mais je n’envisage pas, à l’heure qu’il est, de jouer au tiercé…

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Samedi 11 juillet

Jour de pélée (fin de moisson)

Ce jour de pélée est historiquement précoce puisque même en 2003 où aucune journée de pluie n’était venue interrompre les travaux de récoltes, nous avions terminé le 15 juillet.

Nous terminons dans la parcelle de blé qui fait face au château de VINCELLES, là où était logée Mme DE STAEL il y a 209 ans, jour pour jour.

Nous livrons à la coopérative qui a rempli tous les silos, et se trouve contrainte de stocker temporairement le grain dans la cour, signe d’une récolte abondante. Du jamais vu pour notre coop qui a toujours privilégié un stockage de qualité !

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Vendredi 10 juillet

Au lever du soleil, habitants dans la vallée de l’Yonne, nous ne sommes plus des culs néyés.

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Sortie folklorique de matériel des années 60 pour rentrer l’avoine.

Dernier jour de stage pour Pascaline : fabrication de tomme s, yaourts, regroupement de balles de paille et participation à la vente du vendredi soir.

Pascaline, merci pour ton implication et ta participation, j’attends ton rapport de stage, je te souhaite de bonnes vacances, c’est avec plaisir que nous te retrouverons en novembre.

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Jeudi 9 juillet

Cryoscopie

Passage des vaches dans une pâture de repousses de cinq semaines : du paillasson à l’oasis.

Moissonner une belle avoine aux « Carlètes ».

La cryoscopie, l’objet de la visite du conseiller laitier de notre coopérative. Nos résultats d’analyses approchent du seuil « 506 » où commence l’application de réfactions sur le prix du lait. Le point de congélation théorique du lait est de moins 0,525 ° C. Lorsque le lait gèle à la température de moins 0,506, on suspecte qu’i l contient de l’eau, c’est l’objet de sa visite ce matin.

Bien vite, il comprend le problème lorsqu’il voit le tank à lait : 1800 l pour refroidir seulement 300 l en ce moment. Trop grand, le lait de la première traite n’arrive pas à hauteur de l’agitation et se transforme en glace sur la paroi du tank trop puissant.

Il va falloir remplacer le tank du laitier pour un autre de plus petite capacité.

Depuis sept mois que notre fromagerie est en fonctionnement nous sommes déjà à la moitié de notre objectif de développement.

De quelle capacité de stockage aurons-nous besoin pour la coopérative à l’avenir? Beaucoup de questions restent sans réponses, nous ne maîtrisons pas notre développement « vente directe ». Nous décidons d’attendre six mois pour y voir plus clair. En attendant il faut mélanger manuellement le lait lors du refroidissement de la première traite mise dans le tank vide.

Le paradoxe : capacité plus petite pour accompagner un développement.

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Mercredi 8 juillet

Fraicheur et paillasson

Je profite enfin du retour de la fraicheur pour nettoyer le grenier afin de stocker la semence d’avoine que nous allons moissonner bientôt

Ce matin visite quotidienne des vaches au pré en compagnie de Pascaline pour compléter sa formation.

Tout d’abord, observation du troupeau de loin dans une pâture sèche, un paillasson.

Un attroupement devant l’abreuvoir dont la dominante occupe la pompe jusqu’à ce qu’elle daigne laisser la place à d’autres.

Un deuxième groupe au milieu du pré broute l’herbe sèche.

Nous observons la mamelle des deux vaches que nous avons taries et sorties hier : étonnamment peu volumineuses et peu tendues !

Ensuite nous détaillons les prochaines vaches à vêler, vers le deux, le dix et quatorze aoùt. Pas de préparation de la mamelle ni de la vulve. Nous notons un amaigrissement pour deux vaches : flancs creusés, côtes saillantes et pas de réserves de gras de chaque côté de la queue. Ces deux vaches n’ont pas une nourriture suffisamment riche pour leur entretien et pour nourrir leur embryon.

Deux options possibles pour remédier rapidement à la remise en état de ces deux parturientes :

-rentrer à la ferme dès maintenant et complémenter en céréales.

-passer le troupeau dans une pâture voisine couverte de repousses abondantes après la fauche de début juin.

J’opte pour la deuxième option : demain passage dans Perthuis 5 initialement programmé autour du quinze juillet.

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Mardi 7 juillet

Nous l’attendions cette nuit, il vint à 9 h 30, il est en forme et sous bonne protection : Raoul né aujourd’hui à la saint Raoul. Attendu avec impatience par Pascaline qui prend la température de la mère depuis une semaine (date de terme le 30 juin), Elite est surveillée, abondamment abreuvée, la délivrance s’en trouve accélérée (13 h 00).

La paille de blé est très belle cette année : 2015, un bon cru.

Le jeune Robin qui commence son boulot cette semaine et dont la formation m’a beaucoup occupé l’année dernière, se révèle aujourd’hui.

Après une ou deux demandes de dépannage par téléphone hier, cet après-midi, l’objet de son appel est une commande en ravitaillement de ficelle. Le patron surpris par la capacité de travail des jeunes.

Quelle récompense !

Lundi 6 juillet

A ce rythme là……..

Au plus chaud, samedi, 41°C sous la « stabul ».

Les vaches ne montent pas seules en salle de traite

-perte d’appétit

-respiration rapide

-écoulement de bave

Lorsqu’on sort le thermomètre du rectum d’une vache : 41°C… Est-ce la fièvre ou est-ce la température extérieure avant l’introduction dans le corps de l’animal ?

Maintenant, nous douchons les laitières.

Aujourd’hui, deux pulvérisations sur le dos des bêtes en préventif.

La moisson n’arrête pas. Après l’orge, le colza puis l’avoine, les pois et maintenant le blé qui enchaine : pas de répit ni de repos.

La chaleur accélère la maturation des grains, la moissonneuse court derrière les épis.

Nous sommes à la remorque.

A ce rythme là……..

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Jeudi 2 juillet

BTS

Aujourd’hui, tracter la voiture de l’exploitation avec un tracteur jusqu’au garage du village pour réparer une fuite d’huile de la direction ; une broutille vite solutionnée par un professionnel. Comme à chaque fois dans ce genre de situation, j’apprécie la proximité et le côté « PRO » de notre partenaire.

Montage de la scie à colza sur la coupe de la moiss’ batt’ et début de la fauche. Cette scie latérale en remplacement du diviseur minimise l’égrenage des siliques (gousses) à chaque passage.

Pascaline, après la matinée passée à la fromagerie, travaille à la rédaction de son rapport de stage.

D’aujourd’hui Théo ne retiendra qu’une chose : l’obtention du BTS !

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mercredi 1er juillet

Aujourd'hui Pascaline prends son envol, seule, avec le tracteur

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Mardi 30 juin

Pierrot

Journée consacrée à rentrer la paille pour la ranger sous le hangar.

C’est au hangar que je rencontre Pierrot.

Cet homme me touche vraiment – quelqu’un de bien – pour qui j’ai de l’affection et de la mansuétude.

Je le connais depuis que je suis gamin.

Entrepreneur de maçonnerie, il a réalisé tous les travaux de gros œuvre à la ferme : toitures, planchers, chapes de béton, construit la salle de traite. Je me souviens avoir accompagné ces travaux, marché sur chevrons et lattes, couru dans les fondations d’où je porte encore la cicatrice d’une entaille au genou droit.

Je garde également un bon souvenir des ouvriers qui l’accompagnaient : Yvon, Jojo, Manuel… Et puis il y a eu tous les jeunes paumés qu’il a embauchés. Sortis du système scolaire sans diplômes, trainant le soir à faire quelques bêtises, alors qu’en tant que maire du village, il avait le pouvoir de police sur la commune, il a fait preuve de beaucoup de compréhension vis-à-vis de plusieurs générations de ces jeunes oisifs. A l’heure de l’embauche, voyant que le « gus » ne se présentait pas, il allait le réveiller, l’obligeant dans la douceur à s’accrocher à un emploi ! Qui ne souhaiterait avoir une telle autorité de police qui savait voir « le bon gamin » qui se cachait derrière le turbulent d’un été, et même plus pour certains adolescents attardés.

Je pense que peu de gens sont capables d’un tel amour du prochain.

Pierrot aime vraiment les gens et le leur montre.

Pierrot est un pur produit de l’Ecole de Métiers du Bâtiment, EMB de FELLETIN dans la Creuse, réputée dans toute la France, y compris Outre-mer. Entré à treize ans, il sort diplômé d’un brevet d’enseignement industriel de maçon spécialisé en béton armé à l’âge de 17ans. De vivre son adolescence, au milieu des années cinquante, dans un tel encadrement lui a forgé un esprit de camaraderie qui ne se dément pas aujourd’hui.

Pierrot est fidèle en amitié

Maire d’une commune rurale pendant plus de vingt cinq ans qu’il gérait comme son entreprise, il a su accompagner son dynamisme qui fait qu’aujourd’hui elle est devenue commune référent du nouveau canton.

Il continue à sillonner tous les recoins de sa commune qu’il a eu du mal à laisser à son successeur choisi. Il aime bien se tenir au courant de tout ce qui s’y passe jusqu’à la limite de la curiosité, moi je continue d’y voir l’intérêt qu’il lui porte.

Ces dernières années, il a eu la douleur de perdre un fils dans un accident de la route auquel se sont ajoutés des soucis de santé.

Aujourd’hui, Pierrot a rajeuni, il va bien, il a découvert les bienfaits de la marche qu’il pratique avec les écouteurs sur les oreilles. Le baladeur est la seule concession qu’il a faite à la technologie numérique, puisqu’il n’est toujours pas équipé de téléphone portable, et bien sûr pas d’ordinateur !

Je suis content lorsque je vois Pierrot et je crois que c’est réciproque.

En tant qu’homme politique, je ne partage pas ses convictions. Je crois qu’il était moqué par les plus hauts responsables départementaux de son camp, il était juste toléré, mais ne faisait pas vraiment partie de leur monde dans lequel il a eu la faiblesse de vouloir entrer.

Il a aussi occupé de nombreuses années le fauteuil de président du tribunal de commerce. Sa bête noire ce furent les entreprises qui appliquaient la réduction du temps de travail, envers lesquelles il se montrait très ferme.

Je reste néanmoins indulgent, parce que c’est lui, parce que c’est Pierrot.

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