Mardi 30 juin

Pierrot

Journée consacrée à rentrer la paille pour la ranger sous le hangar.

C’est au hangar que je rencontre Pierrot.

Cet homme me touche vraiment – quelqu’un de bien – pour qui j’ai de l’affection et de la mansuétude.

Je le connais depuis que je suis gamin.

Entrepreneur de maçonnerie, il a réalisé tous les travaux de gros œuvre à la ferme : toitures, planchers, chapes de béton, construit la salle de traite. Je me souviens avoir accompagné ces travaux, marché sur chevrons et lattes, couru dans les fondations d’où je porte encore la cicatrice d’une entaille au genou droit.

Je garde également un bon souvenir des ouvriers qui l’accompagnaient : Yvon, Jojo, Manuel… Et puis il y a eu tous les jeunes paumés qu’il a embauchés. Sortis du système scolaire sans diplômes, trainant le soir à faire quelques bêtises, alors qu’en tant que maire du village, il avait le pouvoir de police sur la commune, il a fait preuve de beaucoup de compréhension vis-à-vis de plusieurs générations de ces jeunes oisifs. A l’heure de l’embauche, voyant que le « gus » ne se présentait pas, il allait le réveiller, l’obligeant dans la douceur à s’accrocher à un emploi ! Qui ne souhaiterait avoir une telle autorité de police qui savait voir « le bon gamin » qui se cachait derrière le turbulent d’un été, et même plus pour certains adolescents attardés.

Je pense que peu de gens sont capables d’un tel amour du prochain.

Pierrot aime vraiment les gens et le leur montre.

Pierrot est un pur produit de l’Ecole de Métiers du Bâtiment, EMB de FELLETIN dans la Creuse, réputée dans toute la France, y compris Outre-mer. Entré à treize ans, il sort diplômé d’un brevet d’enseignement industriel de maçon spécialisé en béton armé à l’âge de 17ans. De vivre son adolescence, au milieu des années cinquante, dans un tel encadrement lui a forgé un esprit de camaraderie qui ne se dément pas aujourd’hui.

Pierrot est fidèle en amitié

Maire d’une commune rurale pendant plus de vingt cinq ans qu’il gérait comme son entreprise, il a su accompagner son dynamisme qui fait qu’aujourd’hui elle est devenue commune référent du nouveau canton.

Il continue à sillonner tous les recoins de sa commune qu’il a eu du mal à laisser à son successeur choisi. Il aime bien se tenir au courant de tout ce qui s’y passe jusqu’à la limite de la curiosité, moi je continue d’y voir l’intérêt qu’il lui porte.

Ces dernières années, il a eu la douleur de perdre un fils dans un accident de la route auquel se sont ajoutés des soucis de santé.

Aujourd’hui, Pierrot a rajeuni, il va bien, il a découvert les bienfaits de la marche qu’il pratique avec les écouteurs sur les oreilles. Le baladeur est la seule concession qu’il a faite à la technologie numérique, puisqu’il n’est toujours pas équipé de téléphone portable, et bien sûr pas d’ordinateur !

Je suis content lorsque je vois Pierrot et je crois que c’est réciproque.

En tant qu’homme politique, je ne partage pas ses convictions. Je crois qu’il était moqué par les plus hauts responsables départementaux de son camp, il était juste toléré, mais ne faisait pas vraiment partie de leur monde dans lequel il a eu la faiblesse de vouloir entrer.

Il a aussi occupé de nombreuses années le fauteuil de président du tribunal de commerce. Sa bête noire ce furent les entreprises qui appliquaient la réduction du temps de travail, envers lesquelles il se montrait très ferme.

Je reste néanmoins indulgent, parce que c’est lui, parce que c’est Pierrot.

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Lundi 29 juin

A la saint Pierre, tu travailleras avec efficacité

Aujourd’hui, deux fournées de yaourts à la laiterie, yaourts natures avant sept heures et citrons à quinze heures avec l’aide des stagiaires.

Dernière journée de récolte de l’orge d’hiver à Trucy.

Monter une benne d’orge au grenier pour assurer le stock de céréales des vaches.

Cent balles de paille empilées sous le hangar.

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dimanche 27 juin

5 mn de moisson en Clamart

Samedi 27 juin

Moisson 2

Une équipe de quatre personnes s’occupe de la moisson des grains : deux conduisent les moissonneuses-batteuses, deux autres livrent les bennes de grain au silo qui se trouve à trois kilomètres du village.

Puisque nous travaillons en entraide, trois groupes de parcelles sont à différencier

-les champs des voisins

-les champs du GAEC du Relais

-les champs cultivés par moitié avec les voisins dont les quantités livrées sont réparties par moitié au deux exploitations.

Aujourd’hui, trois parcelles ont étés récoltées, deux pour nous et une pour le voisin.

Fini la journée à 18 h 00, demain une petite dizaine d’hectare, c ‘est un W E de moisson plutôt tranquille.

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Vendredi 26 juin

Moisson

Rentré tard ce soir. Impossible de faire des balles de paille l’après-midi, trop chaud et trop sec, la paille passée dans la presse se trouve mise en « miaux ». Nous pressons le matin et le soir pour faire de belles balles plus faciles à dérouler à la main.

Ce qu’il faut retenir : la moisson se déroule bien, pas d’ennui mécanique, les travaux de récoltes s’enchainent tranquillement, la qualité semble correcte pour l’instant, les jeunes participent de belle manière.

Je souhaite que cela perdure et je reste attentif à la sécurité des personnes.

Miaux=petits morceaux

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Jeudi 25 juin

Dernier jour d’examen pour les BTS

Aujourd’hui, dernière épreuve pratique avec présentation orale pour les BTS en protection végétale. Une quinzaine de candidats sont accueillis à la ferme où nous leur réservons deux parcelles à étudier dont les cultures de luzerne et colza ont connu des accidents de développement.

Mon rôle consiste à répondre aux questions suscitées par la présentation écrite de l’exploitation qu’ils découvrent une demi-heure plus tôt.

Je pense qu’ils ont compris que je ne maitrise pas la technique de la production végétale et qu’ils en connaissent plus que moi sur le sujet.

La préparation de cet examen s’est effectuée avec une certaine confidentialité pour éviter les fuites qui avantagent certains candidats. Il est vrai que le fils de mon voisin passe ce même examen.

Ce matin, nous « mangeons » de la poussière

- ensacher les graines d’orge d’hiver que nous conservons pour réaliser nos semis d’automne

- monter au grenier une remorque pour l’alimentation des vaches.

Enfin nous commençons à botteler la paille : 85 balles sur 7 ha 50 soit 11 balles/ha. Il faut garder la paille en andains sur 30 ha d’orge d’hiver, le reste sera broyé.

Pascaline, après une matinée passée à la laiterie, se perfectionne dans la conduite du tracteur à l’andainage du foin.

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Mercredi 24 juin

Prendre son envol

Aujourd’hui, le top départ de la moisson de l’orge d’hiver. La première remorque ne doit pas être livrée à la malterie au risque de trouver quelques graines de tournesol restées dans la moissonneuse qui seraient responsables du déclassement de la livraison. Il ne faut pas troubler la bière. Nous la monterons au grenier pour l’alimentation de nos vaches.

Une autre journée d’apprentissage à la conduite du tracteur dans des petits champs en pente disséminés au milieu du vignoble bourguignon. Epuisant, tant pour le conducteur qui rencontre toutes les difficultés possibles que pour l’accompagnateur qui se talle le postérieur sur un strapontin.

Nous consacrons beaucoup de temps à l’apprentissage et nous avons quelque espoir de retour.

J’ose le parallèle avec la vidéo ci-dessous où l’on voit une jeune hirondelle prendre son envol.

Mardi 23 juin

A la Sainte Audrey, diversité

Aujourd’hui, fabrication de la tomme qui sera mise en vente à partir du 8 août. Quarante minutes de caillage, découpe et ensuite quarante minutes de brassage et le moulage effectué par les stagiaires.

Une équipe rentre le foin et finit de remplir la deuxième grange.

La troisième équipe s’affaire autour de l’andaineur : démonter un rotor et le porter à ressouder chez le mécanicien.

A la Sainte Audrey, diversité

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Lundi 22 juin

A la saint Alban, ça fourmille

Aujourd’hui, rentré tard à la maison.

Finir de presser le foin du voisin avant la pluie et après encore presser le foin d’un collègue éleveur de vaches Salers, en panne avec son matériel. Nous finissons à 21 h 00 sous la pluie

Aujourd’hui, l’activité de la ferme ressemble à celle d’une ruche avec nos trois jeunes qui vaquent à leur activité respective : fromagerie, vente, livraison et élevage, fauche, pressage et engrangement.

A la saint Alban, ça fourmille

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21 juin

Le jour le plus long

Repos salvateur

Le jour de la fête de la musique est un beau jour, le jour le plus long de l’année est fêté dans de nombreux pays depuis longtemps : danses, chants, repas, feu d’artifices, jeux…

Jeune, je partageais ces festivités aussi parce qu’elles marquaient la fin de l’année scolaire.

Dans la vie professionnelle des gens de la terre, cette arrivée de l’été marque l’intensification des tâches liées aux récoltes successives : foins, céréales, fruits, vendanges…

Ainsi depuis que je suis agriculteur, j’apprécie davantage les longues soirées d’été avec les douces chaleurs, les senteurs exhalées pour le calme et le repos salvateur qu’elles me procurent. J’en apprécie également les chaudes pluies qui dynamisent les repousses sur nos terres fertiles.

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Vendredi 19 juin

Rentrer du foin toute la journée, déjà une grange remplie de foin riche en légumineuses.

Pour faire la transition entre un week-end poésie et coller à l’agriculture, je souhaite évoquer mon grand-oncle, Jean GUILLY écrivain- paysan qui a publié plusieurs ouvrages dans les années 80.

Il a notamment participé, au côté d’Henri VINCENOT dans une revue d’intérêt régional « Pays de Bourgogne »

Agriculteur-vigneron à Prégilbert, par obligation pour succéder à ses parents, il s’est consacré par passion à l’écriture. D’une écriture classique, telle que l’école de la République savait l’enseigner, il s’inspirait de sujets qu’il connaissait bien, la ruralité : vignes, meurgers, travaux des champs, intempéries…

Plusieurs ouvrages consacrés à la vigne, mais celui que j’ai plus particulièrement apprécié « Guette Tison », diverses histoires que l’on racontait à la veillée.

Un poème : les mergers de mon pays

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18 juin

L’appel de la mécanique

Aujourd’hui, arriver de bonne heure pour faire le tour des clôtures : RAS

Monter sur la pile de foin empilé pour contrôler la température du fourrage : RAS

Rentrer encore du foin jusqu’à une maladresse du conducteur qui laisse échapper une balle qui rebondissant sur le capot du tracteur, casse le pot d’échappement. Mécanique nécessaire pour démontage de la pipe d’échappement portée à souder puis remontage.

Les mains bien noires, ce fut l’intermède de la journée rentrée des foins.

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Mercredi 17 juin

Barbelés ou réunion

La journée débute mal.

7 h 30, une personne passe à la ferme pour prévenir que la clôture des génisses a été coupée.

Finir rapidement la distribution d’herbe aux laitières, en route pour le pré, nous tombons nez à nez avec le troupeau que nous stoppons alors qu’il a déjà traversé le pont du canal.

A deux personnes, la manœuvre est plus simple, je passe devant en appelant les animaux pour montrer la voie à suivre, Théo reste à l’arrière pour encadrer en guidant les jeunes peu habitués au déplacement sur la route.

Le gros du troupeau est rapidement à l’intérieur de l’enclos, rejoint peu de temps après par les trois récalcitrantes.

Rapidement je me rends compte que les dommages sur les clôtures sont importants et que le matériel apporté n’est pas suffisant, il faut faire une réparation succincte à deux fils pour empêcher les bêtes de sortir. Car le bilan est lourd : deux portes ouvertes, une porte coupée, une porte disparue et quatre brèches ouvertes dans la clôture (16 fils de fer barbelés coupés à la pince).

C’est du vandalisme.

Est-ce pour nuire ou est-ce par bêtise ?

Nous n’avons jamais été victimes d’un tel sabotage.

Je n’en parle pas aux gendarmes.

La réparation occupe la matinée, pose de pieux d’acacias et de fils de fer barbelés. J’avais prévu de participer à la réunion de préparation à la moisson organisée par la coopérative, ce n’est plus à l’ordre du jour...

Nous nous remettons au travail.

Nous commençons à rentrer le foin, le ranger suivant sa qualité en prévision de son utilisation future. Empiler sur quatre rangées dans les granges de la ferme, bâtiments anciens dont l’accès est étroit. Pour cela nous utilisons le petit tracteur avec la petite remorque à quatre roues qui sont moins encombrants à manœuvrer, la dextérité, la précision des gestes et l’expérience font le reste.

Le travail en paix.

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Mardi 16 juin

La pluie, c’est le beau temps

Aujourd’hui, retour de l’herbe

Après quinze jours au foin et à l’eau, nos vaches retrouvent à l’auge l’herbe fraichement coupée. Un tracteur est disponible et Théo se fait un plaisir de faire son tour, trente minutes chaque matin, avec les subtilités de manœuvres de l’affouragement en vert.

Nous sommes repartis avec la récolte des repousses de huit semaines : le dactyle est épié, la luzerne peine à fleurir, les feuilles sont ciselées par de petites chenilles vertes et les boutons floraux sont sucés par les morsures d’insectes. Notre luzerne, comme les plantes en général, a souffert de la sécheresse. Le dactyle s’en tire beaucoup mieux, il représente 50 % du mélange fourrager alors qu’il n’a été semé qu’à 10 % à l’automne 2013.

Les trente millimètres d’eau tombés ce week-end sont les bienvenus, un ballon d’oxygène pour la luzerne. Et pour moi, vous comprenez que la pluie, c’est le beau temps

Le sol, la lumière, la chaleur et l’eau, ensemble, sont source de vie pour les plantes… De nourriture pour les vaches…et de produits laitiers pour les hommes…Ne pas oublier que la pluie, c’est du beau temps…pour nous TOUS !

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lundi 15 juin

Du fumier à Bacchus

Ce matin, rencontre avec le conseiller technique de notre coopérative céréalière 110 Bourgogne. Avec les deux associés du GAEC voisin, nous nous réunissons dans leur bureau spacieux.

La moisson n’a pas débuté, déjà il a besoin de connaître nos prévisions d’assolement pour la récolte 2016, notamment les cultures à semer cet été, principalement le colza et le lin.

Notre coopérative est très investie dans la relance de cette culture et la promotion de cette graine riche en oméga 3 dont l’huile et les produits issus d’animaux nourris avec cette graine ont la faveur des consommateurs soucieux de leur santé.

Il nous présente les avantages agronomiques, techniques, environnementaux et bien sûr économiques. Le lin peut remplacer avantageusement le colza. Cela fait réfléchir.
Néanmoins, nous ne sommes pas des aventuriers et nous attendrons de voir les témoignages des agriculteurs innovants, nous suivrons peut-être !

Benoit nous présente également la culture du chanvre qui, plus confidentielle quant aux débouchés, ne nécessite pas l’utilisation de produits phytosanitaires.

Au final, nous commandons les semences de colza, engrais et désherbants qui pourront être modifiés à la baisse entre la récolte et le semis, soit entre le 15 juillet et le 15 août ; le colza est une culture qui reste en terre pendant onze mois.

Cet après-midi nous sortons le fumier de « la stabul » à l’épandeur directement dans une parcelle destinée à la plantation de vigne. Dans une commune voisine viticole, cette parcelle semée en pois vesces et moutarde doit être labourée au mois d’août pout être plantée en cépage aligoté pour produire du crémant de Bourgogne.

Quand les viticulteurs abandonnent petit à petit les engrais de synthèses et les désherbants, ils redécouvrent les bienfaits du travail du sol et l’intérêt de l’entretenir avec les engrais de ferme comme le fumier.

Après le petit lait sur le feuillage, la vigne se nourrit du fumier apporté à la racine. 

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Vendredi 12 juin

Construire des souvenirs

Lundi, nous attendons deux jeunes, l’une cantonnée à la fromagerie pendant cinq semaines, l’autre sur l’exploitation pour trois semaines.

Lucie à quinze ans, est stagiaire en situation de découverte à la laiterie, observera les transformations chimiques et physiques du lait dans l’élaboration des différentes productions - yaourts, tommes, fromages lactiques…

Théo a vingt ans, connaît bien la ferme puisqu’il vient depuis l’âge de seize ans. Ce sera sa cinquième saison. C’est un « bon gamin » qui sait s’intégrer dans une équipe et s’adapte à des tâches très diverses. Il a notre confiance et l’on peut compter sur lui.

2015 sera l’année des jeunes à la ferme, puisque la semaine suivante nous accueillerons à nouveau Pascaline pour trois semaines. Terminant son année scolaire avec de bonnes notes, y compris son rapport de stage, elle aura la motivation d’approfondir ses connaissances et sans doute d’acquérir de l’autonomie.

Il va falloir animer cette petite équipe, stimuler mais aussi veiller à éviter un accident.

Nous travaillons à la construction de leurs souvenirs de jeunesse...

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Jeudi 11 juin

Un monde unique

Lorsque l’on fait la fenaison, l’avenir est à trois jours. Nous avons le nez collé sur la météo, essentiellement trois sites : pleinchamp, France agricole et météociel. Le jour où on décide de faucher doit être suivi de deux jours de beau temps si on veut botteler du bon foin.

Cela faisait donc une dizaine de jours qu’on avait « le nez collé au guidon », des préoccupations à court terme. La fenaison est finie, il est temps de prendre du recul pour mieux préparer l’avenir. Deux évènements survenus aujourd’hui permettent de prendre du champ.

Un évènement majeur : le décès de la première propriétaire à m’avoir fait confiance et donné des terres en fermage. Cette femme qui dans sa jeunesse a été fermière et qui a quitté avec bonheur pour devenir professeur de lettres classiques et modernes. Une carrière d’enseignante prolongée après sa retraite par son attirance pour la Grèce, sa langue et sa culture. Ce qu’elle a su transmettre à ses enfants puisqu’aucun ne fut encouragé à reprendre l’exploitation, la réussite consistant plutôt à en sortir. De fort belles réussites, par ailleurs.

Un autre évènement, mineur celui-ci : la livraison de blocs de sel et de seaux de minéraux à lécher. Ce sont pratiquement les seuls aliments achetés pour nos vaches. Le livreur effectue sa dernière livraison, en retraite à la fin du mois, il se laisse aller à ses souvenirs de jeunesse. Il faisait les foins, en petits ballots, chez un voisin qui avait l’âge de l’expérience sur une petite ferme de 40 ha et 20 vaches. Il garde de bons souvenirs et en parle comme si c’était hier.

Je rencontre beaucoup de personnes qui me parlent de bons souvenirs de vacances passées à la ferme.

Une génération, bien sûr !

Je crois quant à moi que ces deux mondes ne doivent pas être opposés. On ne peut se désintéresser ni de l’apprentissage du grec ancien, ni de la culture de la luzerne.

Nous vivons dans un monde unique

Commentaires

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Une très intéressante réflexion sur l'importance de chacun, de chaque culture. Le poème "Ithaque" est de Konstantin Kavafis.

J'ai toujours plaisir à lire vos chroniques quotidiennes !

F R

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Dernière livraison avant la retraite

Mercredi 10 juin

ALEA JACTA EST

Il reste un peu de foin à faire chez mon voisin, une parcelle de six hectares qui pousse tardivement. Le sol est très humide, l’herbe continue à pousser. Attendre une semaine de plus, c’est une vingtaine de balles supplémentaires, cela nourrit son troupeau pendant une semaine l’hiver prochain.

Chez nous, la fenaison est finie.

Je peux faire le bilan : 300 balles de bon foin récolté cette semaine, 110 balles en stock de l’année dernière

Les 110 balles, le moins bon, seront distribuées dans les râteliers en libre service

Les balles de cette année seront rationnées, distribuées à la fourche, elles devront « faire la production laitière » jusqu’à la mise à l’herbe, vers le vingt avril 2016.

410 balles de foin, c’est peu.

En 2013 et 2014 nous récoltions autour de 600 balles, ces années là nous ont permis de laisser 110 balles en stock que nous saurons apprécier.

Aujourd’hui j’ai déposé et signé le dossier PAC à 15 h 51 mn  

            ALEA JACTA EST…

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Compter les balles de foin et de paille

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Mardi 9 juin

Nobles engagements

Aujourd’hui, nous faisons le foin sur l’esplanade du château de Sainte-Pallaye.

Appartenant à la famille De Montaudoin propriétaire de prairies en location à mon voisin, le bail prévoit la fauche annuelle de cette belle esplanade. Cette charge qui se transmet à chaque génération de la famille de propriétaires est due par les fermiers successifs ; Jean-Pierre l’a reprise après Maurice agriculteur du village voisin partant à la retraite.

Famille de militaires respectée au village, notamment pour le courage du jeune François De Montaudoin engagé dans l’ORA organisation de la résistance, il a créé et dirigé le maquis « Chevalier ». Ce jeune homme avait 20 ans lorsque pour fuir la réquisition au S T O, il s’engagea dans la résistance en 1942 et fit preuve de beaucoup de discernement, de courage et d’engagement, il était respecté de ses hommes; un vrai héros. Il trouva la mort au combat en défendant son groupe attaqué par les Allemands dans la forêt de Druyes-les-Belles-Fontaines le 26 juillet 1944.

Une famille de nobles respectée non pour la particule de leur nom mais pour le courage et l’engagement mis au service de leurs concitoyens.

J’admire ces hommes qui ont eu le courage de s’engager dans la Résistance et je me demande souvent si j’avais vécu à cette époque quelle aurait été ma réaction face à l’occupation allemande.

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Lundi 8 juin

Savoir simplifier pour s’économiser

Lorsque nous sommes en période de gros travaux dans les champs, nous utilisons tous les tracteurs disponibles que nous laissons accrochés aux matériels utilisés.

Pour la fenaison, nous avons quatre tracteurs occupés.

Pour affourager en vert, il me faudrait décrocher la presse et atteler la remorque distributrice chaque matin pour ensuite récolter et distribuer l’herbe ; quarante cinq minutes de boulot.

C’est pourquoi pendant cette période intense où nous portons notre attention à la récolte des fourrages, nous simplifions l’alimentation des vaches restées à la ferme en distribuant le foin fraîchement récolté. Le foin sent bon l’herbe, les animaux en sont gourmands, le travail prend dix minutes.

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Dimanche 7 juin

En juin, adopter une hygiène de sportif !

     Petit déjeuner à 5 h 30 : thé, tartine

S’occuper des vaches : traite, alimentation, litière
     Pause café accompagné d’un gâteau

Faire un tour de clôture des génisses, refixer les fils de fer barbelés avec des crampillons
Préparation de la presse : graissage, huilage, réapprovisionnement en ficelle

     10 h 00 : petite salade composée et fruits de saison

Fanage du foin fauché la veille

     12 h 00 : café et petit gâteau

Pressage de 140 balles de foin

     17 h 00 : pause café et clafoutis

Traite et alimentation des vaches laitières

     19 h 00, fin de la journée : douche

     20 h 00 : prendre le temps d'un repas complet chaud

Une journée de sportif, non !

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Samedi 6 juin

Partenaires de proximité

Aujourd’hui, deux pannes rapidement solutionnées.

La température de la chambre froide est montée à 12°C au lieu de 4°C. Coup de fil à notre frigoriste installé dans la ville la plus proche, 13 kms. Il arrive au plus vite, nous sommes les premiers sur sa « tournée » car avec le coup de chaleur de vendredi nous ne sommes pas sa seule intervention! Un petit réglage vite dépanné sur un pressostat.

Notre seul souci aura été le transfert des yaourts et des fromages blancs dans l’ancienne armoire frigorifique que nous avons conservée.

L’autre panne concerne la faucheuse – plus d’entrainement – l’embrayage de la transmission est "kaput". Directement du champ, je prends la direction de la concession agricole installée au village. C’est ouvert le samedi en « saison ». Le chef d’atelier me fait une réparation à l’ancienne, avec les moyens du bord pour que je puisse faucher aujourd’hui, en attendant la pièce neuve. Cela me convient, je n’ai perdu qu’une heure.

Malgré nos ennuis mécaniques, je perçois l’intérêt de travailler et d’entretenir de bonnes relations avec des partenaires locaux. C’est aussi dans de telles situations que l’on peut juger la valeur d’un bon professionnel.

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Jeudi 4 juin

L’hiver prochain…

Ce matin, je trouve les génisses sorties de leur pré et couchées dans la parcelle que je récolte en foin. Une porte, pas très solide qui sépare les deux enclos est ouverte ! Sans doute une gourmande alléchée par l’odeur du foin a tendu le cou pour happer une gueulée de foin sous la barrière qui s’est esquivée...

Je ne peux pas les laisser, il faut que je récolte le foin, leur pâture étant bien râpée, j’ai avancé de quelques jours le passage dans une nouvelle parcelle qui devrait fournir de l’herbe jusqu’au 14 juillet.

Fermer une porte, en ouvrir une autre et puis appeler les bêtes et passer devant. Tout se passe bien, elles suivent. Elles sont très heureuses de trouver de l’herbe bien grasse.

Aujourd’hui, mon voisin andaine et moi je passe derrière avec la presse : 230 balles d’un bon foin bien vert, signe de qualité. L’hiver prochain les vaches seront bien nourries, signe d’un bon état sanitaire, de bon lait et de bons produits laitiers…

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Mercredi 3 juin

La faneuse

Aujourd’hui, je fane l’herbe dans les champs coupés hier.

La faucheuse dépose en andain l’herbe coupée et conditionnée (passée dans un rotor qui frotte la cuticule cireuse recouvrant la plante, phénomène qui accélère la dessiccation).

La faneuse retourne, aère et écarte l’herbe pour l’exposer au soleil et surtout au vent qui sèche le foin.

La machine à quatre toupies permet de travailler deux andains simultanément.

Je suis accompagné par les buses, hérons et un épervier qui se pose sur une balle au milieu des vignes d’Irancy.

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Mardi 2 juin

Buse, héron, chevreuil, lièvre, faisan

Aujourd’hui c’est une belle journée pour faucher du foin. Le voisin commence à 7 heures. Moi je reprends le tracteur à midi et j’en redescends à 19 h00 ; 12 heures de coupe sans arrêter, le matériel a bien marché, toutes les parcelles du village sont fauchées.

Lorsque nous fauchons nous ne sommes jamais seuls, nous sommes entourés d’animaux. La buse est le premier qui arrive, elle est en concurrence directe avec la corneille qui quelque fois se permet de la chahuter. La buse (busard) trouve une pitance abondante dans la prairie mise à nue où mulots et campagnols sont pris au dépourvu.

Le héron est sur les mêmes proies, il profite également de l’effet de surprise occasionné par la mise à découvert du terrain.

Dans une autre parcelle je déloge un couple de lièvres qui fuit devant la machine infernale et se met à couvert dans un champ voisin.

Dans deux autres champs je déloge un chevreuil dont j’arrive à filmer le démarrage à partir de la cabine du tracteur. Les deux arrivent à se mettre à couvert, je suis content car ma hantise est de passer un animal dans la faucheuse.

Dans la dernière parcelle des «Herminaux », je retrouve la famille de faisans qui survit à la chasse depuis une vingtaine d’années. Elle vient picorer dans l’auge des chevaux les restes de céréales.

Lorsque j’arpentais les prairies pour évaluer la pousse de l’’herbe, j’avais effrayé une cane colvert qui était en train de couver. J’avais repéré l’emplacement de ce nid pour le protéger de la faucheuse, malheureusement je le retrouve aujourd’hui abandonné.

Nos efforts pour protéger les animaux ne sont pas toujours récompensés…

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Lundi 1er juin

Mouvements

Plus un, moins deux

Aujourd’hui nous attendons le vêlage de Casa ; il a lieu à 12 h. Les pattes et le museau sont gros, il faut installer la vêleuse pour aider la bête à sortir. C’est un gros mâle – désinfection du nombril – 50 litres d’eau tiède à boire à la mère pour aider à la délivrance.

Le veau tête timidement à 15 h, il se débrouille seul à 18 h 30. Il ne devrait pas nous poser de problèmes.

La petite femelle, Lurone est partie, en milieu d’après midi, en élevage chez un voisin qui a trop de lait et qui désire élever une femelle en renouvellement de mères à veaux. Chez lui, les vaches élèvent des mâles au pis qui finissent sur l’étal du boucher. Il me réserve le mâle qui est né ce midi, il viendra le chercher lundi prochain.

A 17 h, le camion de la CIALYN s’arrête charger le mâle de 10 jours. Je dois insister pour qu’il le « ramasse » car il n’a pas les quinze jours requis pour voyager loin ; celui-ci sera donc élevé dans le département.

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Dernier jour à la ferme

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Samedi 30 mai

De la brousse à la vigne

ou

Nous buvons du petit lait

Le petit lait est un sous-produit de la fabrication de fromage. Il est très riche en minéraux, vitamines, protéines, immunoglobuline……………….

L’industrie le sèche pour fabriquer notamment du lait infantile !

Nous le donnons habituellement aux vaches laitières ; quelques gourmandes le sentent et l’appellent lorsqu’il sort de la laiterie.

Le petit lait issu de la fabrication de la tomme, chauffé à 90°C et mis à cailler avec un verre de vinaigre blanc est égoutté : c’est de la brousse. Consommé en salade ou cuisiné avec des légumes, plutôt dans les régions méditerranéennes, ce fromage mériterait une meilleure considération auprès des gourmets.

En ce moment nous gardons notre petit lait pour un viticulteur qui cultive ses vignes selon les principes de l’agriculture biologique. Il l’utilise en complément de l’eau pour les pulvérisations de cuivre ou de corne séchée pour dynamiser et protéger des maladies sur le feuillage. Il nous laisse en contrepartie quelques bouteilles de vin...Nous buvons du petit lait !