Dimanche 29 nov.

Ce matin, réveil après onze heures de sommeil…

Une nuit très réparatrice.

Merci « mon Dieu » d’avoir inventé le dimanche pour se reposer.

Non, je déconne, la religion n’a rien à voir avec çà, il me semble qu’on s’en est débarrassé en 1905, en France (loi de séparation de l’église et de l’état).

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photo Dujon coupe peupliers

samedi 28 novembre

Semaine passée

Quelle curieuse semaine où à travers le bûcheronnage, nous retrouvons les sensations des travailleurs d’antan qui utilisaient leurs muscles. Solliciter les jambes lorsqu’il faut faire des allers-retours pour transporter les branches avec de lourdes chaussures crottées, les cuisses et le dos car il faut se relever 1000 fois/jour pour ramasser le bois, les biceps bien sûr pour soulever les billes de bois ou le merlin qui frappe les coins pour fendre, et bien sûr, manipuler la tronçonneuse qui pèse trop lourd en fin de journée.

Alors le soir, on se met au lit, de bonne heure, harassé, le corps endolori, la luminosité de la pleine lune ne nous empêchera pas de dormir comme une souche d’un sommeil qui sera réparateur puisqu’on reprend le même rythme le lendemain.

Comment ne pas faire le parallèle avec une photo datant des années trente où l’on voit l’arrière-grand-père, Augustin DUJON, posant avec sept bûcherons, certains torse nu, devant deux rangées de peupliers abattus dans un alignement parfait, débités en billes régulières. Certains tiennent la pose avec un passe-partout, d’autres ont une cognée et deux autres tiennent une scie à chaine d’un mètre de long entraînée par un moteur thermique, l’ancêtre de la tronçonneuse.

De cette photo transparaît la fierté du travailleur. Cela valait bien une pose devant l’ouvrage terminé. Mise en scène parfaite.

La similitude avec notre travail s’arrête là puisque nous recherchons l’invisibilité à exploiter cette parcelle qui borde une aire de repos de cette route nationale 6 très fréquentée. Aujourd’hui, nous craignons le vol de notre bois que nous tâcherons de débarder dès que la terre sera sèche, par l’effet du gel sans doute en cette saison. Le seul accès se fait par cette route en passant par le champ labouré du voisin si peu coopératif.

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mardi 24 novembre

La laiterie est au ralenti en ce début de semaine, Audrey fait une formation GBPH (Guide de Bonnes Pratiques d’Hygiène). Passage obligé maintenant si l’on veut fournir des produits sains au consommateur, connaître les germes pathogènes, mais aussi résister aux pressions administratives ou commerciales. En tous cas, il faut être motivé pour gagner le sud de la Saône et Loire, une zone suffisamment dense en élevage caprin pour réaliser une telle formation.

Avec notre stagiaire qui vient passer une semaine à la ferme, nous commençons une coupe d’acacias pour confectionner des pieux qui  servirons à faire des clôtures . Nous sommes furieux, le voisin vient de labourer son champ de bordure alors que je lui avais demandé de laisser un passage entre les deux parcelles pour débarder le bois.

Le seul accès se faisant par la route nationale, il nous faudra attendre une fenêtre météo suffisamment sèche pour passer d’un labour au bitume sans mettre de terre sur la route ! Merci collègue céréalier !

Vendredi 20 novembre

Diversité = richesse

Comme tous les vendredi soir, c’est festin pour les vaches laitières, 120 litres de petit lait issus de l’égouttage des faisselles et de la fabrication de la tomme. Distribution effectuée de préférence le soir simultanément avec le foin, pour éviter les bousculades, sept vaches vont se précipiter à l’abreuvoir pour engloutir ce nectar*.

Je « fais un saut » à une visite porte ouverte d’une « ferme moderne ». 120 Montbéliardes de bonne morphologie, mamelles correctes, qui produisent en moyenne 10 000l/VL/an de lait, elles mangent de l’ensilage de maïs et d’herbe cultivés à la ferme, et des aliments concentrés achetés. Une bonne « ambiance » est ressentie dans le bâtiment : luminosité, odeur, les animaux calmes ont le poil luisant. Deux veaux, en case individuelle, semblent poser problème, un peu normal pour un si grand troupeau.

Une large vitrine offerte aux partenaires commerciaux présents : 2 robots de traite, un robot d’alimentation, un autre repousse-fourrages devant les cornadis, un distributeur d’aliment d’allaitement pour les veaux et un chargeur télescopique.

Je rencontre les fournisseurs de services : pareur d’onglons, nutritionniste, inséminateur et notre unité de sélection Monbéliarde en la personne d’Antoine Rimbault.

La reconversion débutée avec l’arrivée de six petites femelles, il y a 30 ans, le troupeau s’est constitué par insémination des vaches Primholstein et il est, aujourd’hui, constitué de 100% d’animaux de race Montbéliarde (robe pie-rouge). Un beau travail d’implantation dans une zone éloignée du berceau de la race : la Franche-Comté.

Je rencontre également de vieilles connaissances qui ont suivi cette « modernisation » de l’élevage et mettent en pratique les toutes dernières techniques mises au point par nos instituts de recherches et enseignées dans les écoles (des scolaires se sont déplacés à cette visite).

Cette exploitation est le résultat d’une technique bien maîtrisée qui produit du lait pour les industries laitières**.

A l’opposé, notre élevage, travaillant à la manière des grands-parents, années 50-60, reproduit les saveurs d’antan et se positionne sur l’authenticité et le commerce local. Deux choix bien différents qui participent à la diversité. N’est-ce pas une richesse ?

*j’ai appris par un client néerlandais qu’on pouvait déguster du petit lait dans certains bars aux Pays-Bas

** En état de marche pour affronter le marché mondial ? C’est une autre question.

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Jeudi 19 novembre

Ça y est, l’ensileuse est arrivée bien rangée dans un coin du camion, bras d’accrochage et hotte démontée, arrimée avec des sangles. Un quart d’heure pour le déchargement, prise de possession du livret d’entretien de la machine puis règlement au transporteur. Quand le montage est terminé, « la girafe » a belle allure, la peinture est « nickel ». Pas de déception avec cette transaction.

Ce matin avait lieu la préparation de l’Assemblée Générale de notre coopérative, 110 Bourgogne, pour la région de l’Auxerrois.

C’est un moment d’échanges et d’explications ou élus et dirigeants présentent l’activité et les résultats de la vente des grains et des services et approvisionnements fournis aux adhérents (nous). L’exercice, terminé depuis le 30 juin 2015, concerne la récolte 2014 qui a été stockée et commercialisée au fil des mois jusqu’avant la nouvelle récolte qui commence au 1er juillet 2015. Une petite gymnastique de l’esprit est nécessaire car si les chiffres correspondent bien à la récolte 2014, nous abordons aussi l’avenir et le déroulement de l’activité de l’année en cours, récolte 2015.

La récolte 2014 n’était pas très bonne, les grains germés par la pluviométrie excessive de la mi-juillet. La capacité d’adaptation de notre « petite Coop » a été mise à rude épreuve : dénoncer des contrats de qualité meunière impossible à honorer et trouver de nouveaux débouchés à l’export pour écouler des grains de moindre qualité. Organiser plus d’expéditions vers le nord de l’Europe par Rouen où l’on pouvait valoriser + 2 cts/kg par comparaison au port de Fos sur Mer.

Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une zone intermédiaire qui a des coûts de transports élevés pour approcher les ports d’expédition pour l’exportation. Néanmoins notre Coop s’est encore très bien sortie des ces handicaps. Un résultat qui n’atteint pas 1% du Chiffre d’Affaire, car elle a distribué sous forme de complément de prix au 30 juin un maximum aux adhérents. Une entreprise qui travaille pour ses agriculteurs, c’est exactement le mandat que nous donnons à nos élus.

Bravo à Gérard Delagneau, président, et à son équipe.

Une belle coopérative qui a un rôle économique mais qui joue un rôle politique responsable de l’aménagement du territoire rural.

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Mercredi 18 nov.

« Suiveurs »

Ce matin, RDV avec le technicien de notre coopérative, il s’agit de :

Prévoir le programme de protection phytosanitaire des cultures au printemps.

Commander semences et engrais de printemps.

Etablir les contrats de commercialisation de nos grains.

Ce RDV concerne nos deux exploitations qui travaillent ensemble, 5 personnes concernées, nous nous installons dans le grand bureau du voisin.

Aujourd’hui pas de changement, nous reconduisons les pratiques de l’année passée. Une petite nouveauté quand même, nous allons semer une parcelle, 80 ares, d’avoine brésilienne dans le but de récolter les graines qui seront aussitôt remises en terre comme culture CIPAN. Cela va remplacer l’avoine de printemps qui, avec un moindre développement, est plus sensible aux maladies.

Nous avons emprunté cette idée à un voisin qui maitrise bien cette culture d’avoine brésilienne.

Nous copions.

Nous sommes qualifiés de « suiveurs », pas très innovants en cultures.

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mardi 17 novembre

Nous prenons la balle au bond

Lors de notre réunion hebdomadaire (13 h 15), nous évoquons entre autre sujet, le renouvellement de notre ensileuse à fléaux.

Deux options se dégagent :

L’achat d’un matériel neuf chez un dépositaire dans un département voisin pour la somme de 5500€.

L’achat d’un matériel d’occasion, de 2012, qui à très peu servi, en excellent état, disponible chez un agriculteur à 400 km pour la somme de 3000 €.

Dans les 2 cas, la question du transport se pose.

Sans grand espoir, pour avoir essuyé le refus de grand logisticien d’envergure nationale (dont Norbert Dentressangle), nous téléphonons à un « petit » transporteur local qui à notre grand étonnement, propose, pour un tarif très correct (400€) de charger le colis demain matin à 8 h 00 et une livraison le surlendemain.

Proposition qui nous prend de court, il ne reste plus qu’à acheter la machine, effectuer le règlement et sécuriser la transaction!

Coup de téléphone, mail et bonne volonté de tous (vendeur, banques), à 17 h 00, tout est réglé.

Sur proposition d’un transporteur, nous avons pris la balle au bond.

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Cette semaine, nous avons introduit un troisième foin.

En permanence, dans le râtelier disponible en libre service pour les vaches laitières, un foin de prairie coupe tardive, au stade épiaison des graminées : c’est notre moins bon foin, sa fonction faire ruminer. Les vaches le consomment par instinct avant de monter en salle de traite et ingérer le concentré*. Le même foin est distribué aux génisses et vaches taries.

Sur la table d’alimentation, on distribue à la fourche, un foin de luzerne-dactyle de première coupe après la traite. Ce foin est additionné de mélasse qui ajoute de l’appétence et laisse peu de refus.

Nous avons donc introduit un regain de prairie (graminées) qui provient de la récolte 2014. Feuillu, de bonne valeur alimentaire, il apporte les éléments nutritifs qui « font du lait », nous le distribuons avec parcimonie. Ce regain concentre la ration. Nous en mettons une ou deux fourches à disposition des veaux qui se préparent au sevrage. Il est préférable de distribuer ce foin en début d’hivers car il a déjà perdu des vitamines après quatorze mois de stockage.

* l’ingestion de concentré par une panse vide peut provoquer une acidification (acidose) néfaste à la rumination, c’est pourquoi les nutritionnistes recommandent de commencer par les fibres longues dans l’ordre de distribution des aliments.

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samedi 14 novembre

Le pois

Cette année nous avons à nouveau récolté des pois*. Nous en conservons pour semer au printemps prochain et en utilisons en complément alimentaire avec de l’orge. Aplati, il doit être mélangé en très faible quantité, au début, à cause de sa forte odeur. Sa richesse en protéine équilibre l’énergie (valeur UF) apportée par l’orge.

La distribution individualisée dans l’auge de la salle de traite à débutée il y a quinze jours. Aujourd’hui, Nous constatons que les vaches se précipitent à l’heure de la traite et quelques unes esquissent un deuxième passage pour obtenir double ration.

En ce moment la traite est vite faite, une seule vache a besoin d’être stimulée pour monter les trois marches à l’entrée du bâtiment.

*Le pois protéagineux et une légumineuse (utilise l’azote de l’air pour se développer), qui présente l’inconvénient de toucher le sol quand arrive l’heure de la récolte. La moiss-batt « mange » alors de la terre, ce qui n’est pas bon pour la mécanique. C’est pourquoi nous avions abandonné cette culture au profit du tournesol.

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vendredi 13 novembre

Ce matin, dégustation du tout dernier essai de tomme aromatisée au cumin, au lait demi-écrémé, qui présente une belle texture et bien dosé en graines de cumin écrasées au pilon. Prometteur. Evolution à surveiller…

Ce midi, rentrée de la « tournée des fermages » avec deux citrouilles dans le coffre. C’est un beau cadeau d’un propriétaire, pour moi qui aime ce légume.

Aujourd’hui est le quatrième jour après le sevrage des veaux, voir sur la vidéo ci-dessous.

jeudi 12 novembre

Les mouvements d’animaux se font toujours le matin lorsque nous sommes « bien en jambes ». Aujourd’hui, deux rentrées et une sortie, dans cet ordre, car nous ne pourrions trier, isoler les sortantes sans une certaine tranquillité, sérénité dans le groupe. Ce n’est pas le cas lors de l’introduction d’un nouvel animal dans un troupeau constitué.

Et puis la date fatidique du onze novembre dépassé, il est temps de régler les fermages : loyer de location de terre réglé annuellement. Pour les terres cultivables, le loyer est défini en kilos de blé / hectare. A part un ou deux propriétaires qui possèdent des poules, nous convertissons les kilos (ou plutôt quintaux) de blé en argent (euros).

Pour chaque propriétaire une base de fermage est établie suivant la surface possédée.

Chaque année, un indice, issu d’un savant calcul qui prend en compte le revenu agricole, est appliqué, pour 2015 : 110,05.

Par exemple si Mr Dupont, propriétaire, a une base de fermage de 100 €, pour cette année son fermage s’établi a :

100 * 110,05% = 110,05 € réglé par chèque évidemment

Nous avons cinquante propriétaires.

En 2007 lorsque nous nous sommes équipés d’un ordinateur, j’ai bidouillé un petit montage avec Excel qui facilite le calcul du fermage dû. Il faut deux heures pour imprimer les documents, établir les chèques et mettre sous enveloppe. Pour les propriétaires les plus éloignés, les courriers sont postés, sinon nous les portons en main propre. Ce moment est souvent le seul contact entre le propriétaire et l’exploitant, quelques mots et parfois un café ou un verre.

Ce moment est un peu un rituel.

Nous prévoyons deux ou trois jours de « travail ».

Et puis il restera deux fermages que nous réglons en nature, du bois que nous livrerons plus tard dans l’hiver.

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Mercredi 11 novembre

Profitons de ce temps clément, après…

Les grains semés en octobre poussent très fort, trop fort. Avec les températures élevées, les insectes sont très actifs, les pucerons propagateurs de maladies. Sur les conseils du technicien PV (protection végétale), un collègue se charge de traiter avec un insecticide, travail que nous réalisons rarement puisqu’ aux dates où nous semons, le stade de sensibilité est généralement atteint lorsque les températures fraiches s’installent.

A conditions exceptionnelles, il faut savoir s’adapter.

En revanche, ces températures printanières ont un effet « boostant » sur la pousse de l’herbe. Au pâturage, après le manque d’herbe estival, un regain important feuillu et tendre bénéficie aux génisses et vaches taries.

Nous avons de la chance de bénéficier d’un climat tempéré, à nous de l’utiliser au mieux.

Rappel : il y a vingt ans, nous abandonnions la culture du maïs exigeante en eau et sensible au stress hydrique.

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mardi 10 novembre

Réunion

Nous essayons de tenir une réunion à trois associés chaque semaine. Quelque fois rapide, de treize heures quinze à quinze heure trente. Aujourd’hui, plus longue, une heure trente, pas facile de faire circuler l’information, et les prises de décisions peuvent s’en trouver retardées.

Un problème récurant d’eau chaude n’est toujours pas solutionné, une expertise de l’artisan nous est proposée : la pose d’un chauffe-eau supplémentaire. Est-ce que cela sera suffisant ? Nous ne sommes pas « chauds » pour régler la note. Sujet à aborder avant que l’artisan n’effectue la modification qu’il semble décidé à effectuer.

Nous abordons également la nécessité de fixer un délai pour le départ du collègue qui se fera d’abord par le service de la chambre d’agriculture. Nous devons, avant cela, en informer nos proches qui pourraient, par attachement à la ferme,  éprouver une rancœur de ne pas avoir été sollicité pour intégrer le GAEC. Après un éloignement professionnel, pourquoi pas un retour à l’attachement familial.

Lorsque l’on prend du temps, nous pouvons aborder des sujets de fond et définir ce qui peut faire cohésion.

Définir notre identité afin de ne pas la subir.

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lundi 9 novembre

L’odeur et le bruit

Jour de curage. Ce matin la stabulation des laitières (5 bennes), cet après-midi le hangar des génisses (2 bennes).

Trois semaines sont passées, nous avons ressenti que la litière commençait à chauffer ; nous ne mesurons pas mais il est temps.

Et puis avec une semaine de retard, nous sevrons les deux plus âgés des veaux femelles (10 et 13 semaines). Nous les passons dans une écurie avec paille, foin, eau et une poignée de céréales aplatie. Dorénavant, c’est le régime d’un ruminant, la caillette va se rétrécir au profit de la panse et fini le lait.

C'est un coup vache !!!

En attendant, nous sommes partis pour plusieurs jours de beuglements, atténuation attendue pour le WE. Les voisins pourront faire la grasse-matinée.

Clin d’œil :le bruit et l’odeur

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samedi 7 novembre

Une exploitation agricole peut être un domaine d’inventivité extraordinaire pour un bricoleur. Le passage, par intermittence à la ferme, d’un beau-frère bricoleur, nous fait entrevoir différemment nos installations et matériels. Nous y sommes « contraints », car Robert est demandeur de « petits ou gros boulots ». Cet homme « à la retraite » ne peut rester « sans rien faire ». L’année dernière, il a beaucoup travaillé pour la fromagerie : terrasser, poser les écoulements, couler la dalle béton, maçonner et, pour le local de stockage : dalle plancher, escalier, recouvrement mural, cloison, carrelage, électricité… Mais sa jubilation, c’est le travail du métal, comme on le voit faire dernièrement, à remettre en état notre benne trois points, de trente ans d’âge.

vendredi 6 novembre

Partage rime avec avantage

Le partage du travail est l’objet premier de choisir la structure Groupement Agricole d’Exploitation en Commun. Nous apprécions particulièrement dans les moments que nous traversons.

La solidarité a joué pleinement son rôle, les travaux d’astreintes liés à l’élevage ont été réalisés dans de bonnes conditions.

Où l’on mesure tout l’intérêt du partage du travail.

Cette solidarité s’est exercée à plusieurs reprises dans l’histoire de notre GAEC : deuils, divorce, accident et maladie.

Partage rime avec avantage

Aujourd’hui, nous honorons un RDV pris depuis 10 jours. Nous recevons, délégué par la chambre d’agriculture, le chargé des transmissions d’exploitations agricoles. Son rôle, faire la liaison entre cédants et candidats à l’installation. Établir les caractéristiques de la ferme, productions, structure, moyens de productions, environnement, puis voir ce que chaque associé restant souhaite conserver ou lâcher comme activité. Estimer la place restante pour un nouvel arrivant. Définir un profil cadre du candidat recherché pour remplacer l’associé en partance. Reste à définir dans quel délais aura lieu cette passation de relais.

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jeudi 5 novembre

Le GAEC est en deuil

Notre GAEC s’est constitué en 1985 à partir de l’exploitation de Pierre BOULLE, mon père. C’était une belle exploitation qui élevait déjà 18 vaches laitières sur une superficie de 75 hectares avec quelques vergers et une vigne. C’était beaucoup de boulot. Mon père y travaillait avec ma mère, un ouvrier et de la main d’œuvre occasionnelle. Mon père a mis en valeur l’exploitation qu’il avait héritée de son père.

Il a beaucoup travaillé pour défricher, emblaver et récolter. Il a été un bon cultivateur qui a bien gagné sa vie avec les animaux : cochons et vaches laitières. Il a été un bon éleveur de chevaux sur lesquels dépendait la traction de tous les travaux des champs ; avoir des chevaux en bonne santé était gage de tâches réalisées au moment opportun. Bien sûr, il est vite passé à la mécanisation. Il fut le premier du village à acquérir une moissonneuse-batteuse avec laquelle il lui arrivait d’aller récolter pour voisins ou amis.

La réussite tenait au fait qu’il maitrisait toute la chaine de production, de la terre à la commercialisation des produits ; peu de dépenses.

La belle époque de l’agriculture où réussissaient les gros travailleurs.

Mon père était de ceux-là.

Seulement, il ne « s’écoutait pas ».

Son corps a cassé à de nombreuses reprises : l’avant- bras coupé par une scie circulaire, deux jambes cassées par l’effondrement d’un mur soumis à la pression du grain récolté, côtes cassées, alitement prolongé par des rhumatismes articulaires, une opération à cœur ouvert, puis un renouvellement de son aorte, leucémie ainsi que plusieurs AVC.

La semaine dernière, il ne pouvait plus faire le tour de la ferme, il ne pouvait plus marcher. Il n’était plus bon à rien. Il s’est éteint le 1er novembre.

Le GAEC est en deuil.

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